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L’album du jour : John Southworth – Rain from the East

album John Southworth Rain from the East

Auteur de l’un des plus beaux albums de l’année 2023, John Southworth n’a jamais quitté nos cœurs.
Un bref rappel biographique s’impose néanmoins pour ceux qui ont loupé le précédent épisode : John Southworth naît le 22 avril 1972 à Cuckfield, West Sussex, Angleterre.
Il a huit ans quand la famille émigre à Vancouver.
Il grandit au Canada, étudie le cinéma, puis s’installe à Toronto dans la mi-vingtaine.
C’est là qu’il sort Mars Pennsylvania en 1996 sur Water Street Records, récupéré ensuite par Bar/None.
Quatorze albums suivront en trente ans.
Pour être complet, son père, Peter Shelley (sans lien avec le Pete Shelley des Buzzcocks) est auteur-compositeur, producteur et directeur artistique, figure de la scène glam londonienne des années 70 et homme responsable du succès de King Crimson chez Island Records.
La discographie de Southworth est pour le moins déroutante. On peut citer pêle-mêle Banff Springs Transylvania (2000) avec Mary Margaret O’Hara, Spiritual War Cassette Tape (2011) enregistré en partie sur un Sony Cassette Corder TCM-939, Easterween (2012) cycle de cabaret surréaliste présenté au Lower Ossington Theatre de Toronto, Failed Jingles for Bank of America and Other U.S. Corporations (2012) recueil de vraies publicités refusées par leurs commanditaires, Niagara (2014) double disque sur Tin Angel Records, et Rialto (2021) projet comprenant un album, un podcast en huit épisodes, une novella et un spectacle vivant avec The Weather Station et Martin Tielli. Southworth dirige tous ses propres clips et a publié un livre pour enfants au Japon. Débrouillez vous avec ça.
The Red Castle, sorti en 2025, abordait le deuil et la magie en tissant musique ancienne et instrumentation moderne.
Rain from the East paraît sept mois plus tard, avec une approche inverse : enregistrement live, groupe au complet dans la même pièce, aucune surcouche, aucune retouche. Southworth est au grand piano, manches retroussées. Dan Fortin tient à la basse, Jean Martin la batterie, Patrick O’Reilly et Justin Orok les guitares électriques.
Martin, producteur de longue date également connu pour son travail avec The Weather Station et Tanya Tagaq, co-produit les sessions avec Southworth. Nick Johnston de Mastodon intervient sur « Arthurian Evensong », titre construit sur une progression à la Rachmaninov.
« In Search of Winter » ouvre avec des éléments de prog-rock, de jazz et de mythologie irlandaise. « The Homeless Theater » convoque un cast de personnages du monde souterrain. La famine irlandaise traverse « Ballydoo ». Les Flandres et leurs champs de bataille hantent « Sworn to Secrecy ». « Dead Dwarf » tourne dans un cabaret à la Weimar. « New Elvis » traite Elvis en figure arthurienne. « Arthurian Evensong » boucle le médiévalisme du Red Castle dans une version plus sombre et plus contorsionnée. Rois pêcheurs, femmes aux huîtres, cordonniers voyants et fous de Dieu y déambulent aux côtés de spectres dont personne ne connaît le siècle d’origine.
Southworth avance comme si chaque album était une nouvelle manière de rappeler que la logique narrative n’a jamais été son problème. Rain from the East enfonce le clou. Les personnages s’empilent, les mythes se bousculent, les époques se contredisent, et tout finit par tenir debout avec une assurance qui frôle l’insolence. On comprend vite que Southworth ne cherche pas l’adhésion. Il cherche la liberté de continuer à fabriquer des disques que personne ne lui a demandés et que personne d’autre ne pourrait signer.
Et nous, on aime les surprises.