
Quarante ans de carrière, sept albums, un licenciement, un studio vendu et une reformation qui dure depuis.
Le destin des Trashcan Sinatras n’a rien d’une évidence, à commencer par leur nom, trouvé lors d’un cours de musique pour chômeurs à Irvine, ville de la côte ouest de l’Écosse.
Frank Reader, Paul Livingston, John Douglas, Stephen Douglas et Davy Hughes commencent à se roder dès 1986 dans les pubs et salles de la ville. Reader passe de la basse aux voix. Hughes lui des voix à la basse.
Après cette période de tâtonnement, la formation se stabilise en 1987 et signe sur Go! Discs.
Avec l’avance reçue, ils achètent un studio d’enregistrement à Kilmarnock et le baptisent Shabby Road.
Il leur faudra trois ans pour mettre la touche finale à leur premier album Cake, qui sort en juin 1990.
I’ve Seen Everything suit en 1993, puis A Happy Pocket en 1996 toujours sur Go! Discs, mais disponible uniquement au Royaume-Uni et au Japon car côté distributeur américain ça coince.
Nouveau rebondissement la même année : Go! Discs est racheté par Universal. Le groupe est viré et contraint de vendre Shabby Road par manque de revenus.
S’ensuit une traversée du désert de 1997 à 2003. Un seul signe de vie pendant cette période : un single intitulé « Snow », reprise de Randy Newman, sorti au Japon en 1999.
Weightlifting paraît finalement en 2004, suivi de Wild Pendulum en 2016.
En 2023, la réédition de A Happy Pocket sur Last Night From Glasgow permet au groupe de faire une apparition dans les charts britanniques, adoubé par une nouvelle génération d’auditeurs, et préparant ainsi le terrain à Ever The Optimist, le septième album. Ce dernier est produit par Paul Savage, batteur des Delgados et collaborateur habituel de Mogwai, Teenage Fanclub et Arab Strap.
Onze titres écrits lors de sessions éparpillées entre chalets de montagne, parties de poker nocturnes et les routines du quotidien.
Les membres de Trashcan Sinatras, désormais dispersés de part et d’autre de l’Atlantique, n’ont à aucun moment pu être tous ensemble dans la même pièce pendant l’enregistrement, ce qui rend l’exercice d’autant plus admirable.
« The Bitter End », premier single, installe d’emblée le ton du disque : mélancolique, habité, comme au petit matin qui suit une longue nuit blanche.
« Games For The ZX Spectrum » s’inspire de la communauté de programmeurs (qui sont-ils ? quels sont leurs réseaux ?) qui continuent de créer des jeux pour le ZX Spectrum, un des premiers ordinateurs destinés au grand public dans les années 80, et dont la plupart d’enre nous a oublié l’existence. Le groupe se retrouve dans cet mentalité : celle de poursuive un travail par amour, et non par obligation de suivre les tendances.
« Bad Husband », duo avec Tracyanne Campbell de Camera Obscura dont le refrain reste immédiatement dans la tête, aborde les mauvaises décisions et les tempêtes à venir. « Hold On To Today » a un autre invité de marque en la personne de Green Gartside, de Scritti Politti. « Melodramatic » traite de la difficulté à contenir ses émotions quand tout pousse à les laisser exploser. « Learning To Love Your Ghost » referme le disque de manière apaisée, hymne à la réconciliation avec ce qu’on a perdu.
Faut-il y voir une extension du titre Ever The Optimist, histoire de montrer que tout glisse et tout finit par s’arranger ?



