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L’album du jour : The Medium – Speaking Of The Coast

album The Medium Speaking Of The Coast

Nashville n’est pas seulement une usine à country. The Medium y bricole depuis dix ans une psych‑pop artisanale qui ne relève pas de la tradition locale, et qui possède ses propres secrets de fabrication.
Le groupe se forme en 2015 à Belmont University et s’appelle d’abord The Transfers, avant de devoir changer pour The Medium, car un autre portait déjà ce nom.
S’ensuit un premier album, des tournées avec Twin Peaks, The Nude Party ou encore Daniel Romano, puis ce coup de projecteur improbable en 2020, lorsque Finn Wolfhard (Stranger Things) relaie l’un de leurs morceaux sur Instagram, générant 70 000 écoutes en une journée.
L’élan est stoppé net -comme toujours- par le COVID : tournée annulée, retour forcé à Nashville, et confinement passé dans un duplex où ils vivent ensemble et composent une grande partie de For Horses, sorti en 2022.
Une fois cette période terminée, chacun déménage, et leur manière de travailler se transforme : sessions éclatées, fichiers envoyés à distance, assemblage final.
Ce quatrième album intitulé Speaking Of The Coast a été écrit et enregistré par fragments entre 2024 et 2025. La plupart des morceaux naissent de démos guitare‑voix bidouillées sur Logic, avant d’être complétées plus tard par les parties de batterie, soit un ordre inversé par rapport à ce qui se fait habituellement, qui a tout compliqué et dont ils ne gardent pas forcément un bon souvenir.
Certains titres viennent de collaborations directes entre les membres historiques du groupe Shane Perry (chant, guitare, piano, claviers) et Sam Silva (guitare, basse, chant), ou d’idées anciennes enfin finalisées, comme “KGB Man”, qui attendait sagement son tour depuis 2020. La palme revient sûrement à “Hawaii Jive O”, qui combine des prises de 2017 et un refrain… ajouté en 2025.
De cette méthode de travail découle un disque aux directions multiples, comme un catalogue proposant tout ce que le groupe a voulu explorer depuis ses débuts : calypso folk, indie rock, country rock, psych‑rock.
Les textes de Speaking Of The Coast passent de scènes ancrées dans des situations concrètes à des passages plus elliptiques, traversés par une tension latente. Dammit Pam décrit une figure marginale enfermée, tandis que Where’s The Flood installe un climat intérieur proche de l’épuisement (“my patience hangs on by a thread”). D’autres titres adoptent une écriture plus directe, comme I Want To Be Alone ou Remove The Mask, autour du retrait et du malaise.
L’ensemble réunit portraits, notations politiques, déclarations amoureuses et préoccupations plus spirituelles.
Au final The Medium revendique cette dispersion, en réunissant des morceaux issus de moments et de formes différents, qui circulent, se croisent et vivent avec leurs différences.
L’album avance ainsi par segments autonomes, reflet d’un groupe qui privilégie la variété des approches plutôt qu’une ligne unique. Car après tout, qui pourrait leur reprocher d’être à l’origine d’une boulimie créative ?