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L’album du jour : Steve Lacy – oh yeah?

album Steve Lacy oh yeah?

Quand d’autres ont la chance de se voir transmettre une passion, Steve Lacy lui confie que la musique est entrée dans sa vie… grâce à Guitar Hero.
Une révélation qui le mène ensuite vers une vraie guitare, puis la basse, la batterie et les claviers.
En classe de première, il rencontre Jameel Bruner dans l’orchestre de jazz de son lycée. Bruner deviendra son futur camarade au sein de The Internet.
À quinze ans, Lacy commence ainsi à devenir le producteur non officiel du groupe en enregistrant tout sur son iPhone, en branchant la guitare sur une prise iRig et en construisant les morceaux avec GarageBand.
Cela lui vaudra en tant que membre de The Internet son premier Grammy pour l’album Ego Death (paru en 2015), et de là tout s’enchaine très vite.
Steve Lacy’s Demo paraît en 2017, entièrement enregistré sur son téléphone.
La même année, il produit « PRIDE. » pour Kendrick Lamar et co-écrit des titres pour Solange.
Apollo XXI suit en 2019, avec à la clé une nouvelle nomination aux Grammy, cette fois en solo.
Gemini Rights sort en 2022, fruit harassant de plus de trois cents démos, pour au final conserver dix titres.
A cette période, Lacy considère le studio comme une salle de sport et chaque session comme un entraînement intensif : écrire, enregistrer, rater, recommencer, jusqu’à obtenir le résultat attendu.
Le titre « Bad Habit » devient son premier numéro un au Billboard Hot 100 et, histoire de boucler la boucle, il gagne le Grammy du meilleur album R&B progressif en 2023.
Pour son très attendu troisième album oh yeah?, Lacy n’a pas fait dans la demi-mesure et gère tout de l’écriture au mixage.
Il commence les sessions immédiatement après la sortie de Gemini Rights, mais stoppe au bout de trois tentatives. À chaque fois qu’il pense tenir quelque chose, ça ne fonctionne finalement pas.
La décision qui débloque l’enregistrement est simple : arrêter de trop cogiter et de penser à l’album dans son ensemble, et finir les chansons une par une, tout simplement.
Une bonne partie du disque est enregistrée à Paris. Lacy y arrête le café et les drogues douces pour travailler avec une clarté d’esprit qu’il juge nécessaire à l’écriture. Quand il présente une première version à son label, le disque est jugé trop triste. On lui demande de jouer des titres plus joyeux. Il n’en a pas. Il repart écrire. RCA lui laisse finalement toute latitude sur le résultat.
Dix titres. Trois collaborations : SZA sur « is it cool? », née d’une session improvisée, où Lacy aborde frontalement l’infidélité et l’incapacité à se faire confiance, les deux voix traitant la même situation depuis des positions différentes ; Erykah Badu sur « pure colour », et Cecile Believe sur « lovesexdrugbomb ».
Sur cet album, Lacy dit avoir abordé les paroles plus intentionnellement que sur n’importe quel autre disque : depuis ses débuts avec The Internet, les mots venaient en bout de chaine de production, mais pas cette fois.
On retrouve les influences habituelles (Pharrell, Prince, Hendrix, Mac DeMarco) à la différence près qu’elles deviennent des outils plutôt que des références. Lacy dit avoir déplacé le centre de gravité : les paroles passent devant, les instruments suivent.
Guitar Hero à sept ans, GarageBand à quinze, Grammy à vingt‑quatre. Oh yeah? arrive à seulement vingt‑huit ans, avec l’assurance d’un vieux briscard qui sait enfin comment utiliser ce qu’il a appris trop vite.