
Le nom de scène of Montreal vient d’une énième histoire d’amour qui finit mal.
Kevin Barnes rencontre une jeune femme originaire de Montréal à la fin des années 90 et, une fois la séparation consommée, il décide que le nom de la ville deviendra celui de son groupe.
Barnes, né dans l’Ohio, élevé en Floride, atterrit à Athènes, en Géorgie, en 1996. La ville abrite alors la deuxième vague de l’Elephant 6 Recording Company, cercle de musiciens amateurs de pop psychédélique bricolée, aux côtés de Neutral Milk Hotel, Olivia Tremor Control et Apples in Stereo.
Barnes enregistre des démos chez lui, les envoie à Bar/None Records, signe un contrat, part à Cleveland puis Minneapolis en quête de musiciens pour compléter son groupe. Il ne trouve personne. Il revient à Athènes et y rencontre Derek Almstead et Bryan Poole.
Les trois enregistrent Cherry Peel (1997) un peu à l’arrache, dans les chambres de leurs appartements respectifs.
Entre 1997 et 2004, of Montreal sort six albums sur Bar/None et Kindercore Records, label d’Athènes : The Bedside Drama: A Petite Tragedy (1998), The Gay Parade (1999), Coquelicot Asleep in the Poppies (2001), Aldhils Arboretum (2002).
La formation change régulièrement.
En 2004, le groupe signe sur Polyvinyl Records et sort Satanic Panic in the Attic, premier disque à marquer une inflexion vers une pop plus électronique et plus personnelle.
The Sunlandic Twins suit en 2005 et consacre définitivement Barnes comme moteur unique du projet.
Il écrit, compose et joue l’essentiel des instruments lui-même, et se charge de monter un groupe pour les tournées.
aethermead est le vingtième album studio. 2026 marque aussi les trente ans du projet et les vingt ans de Hissing Fauna, Are You the Destroyer?. Un millésime chargé.
Pour comprendre aethermead, il faut justement revenir à Hissing Fauna : en 2004, Barnes déménage à Oslo avec sa femme Nina, graphiste norvégienne, pour la naissance de leur fille Alabee.
Sans assurance médicale, le couple choisit la Norvège pour ses prestations sociales.
Les hivers sombres, l’isolement et la paternité qui arrive d’un coup plongent Barnes dans une dépression sévère. Il passe ses journées enfermé dans un appartement qui leur a été prêté, et sort une fois par jour acheter des provisions. Il enregistre la première moitié de Hissing Fauna sur un laptop, avec un clavier midi et une guitare. Le titre central de l’album, « The Past Is a Grotesque Animal » , durait à l’origine seize à dix-sept minutes. Barnes le coupe pour le rendre « publiable », avec un résultat final aux alentours de douze minutes.
Il finit le disque à Athènes après la séparation d’avec Nina, en écrivant sous l’identité fictive de Georgie Fruit, personnage qu’il crée pour traverser cette période difficile.
Hissing Fauna devient l’un des albums de rupture les plus célébrés de l’indie rock des années 2000.
L’histoire se répète ensuite, avec quelques variantes. Barnes quitte Athènes, où il vit depuis trente ans, pour le Vermont, avec sa fiancée Christina Schneider. L’isolement rural ne lui convient pas. Il le dira lui-même : il ne parvient pas à fonctionner.
La relation se termine après huit ans. Barnes déménage à Brooklyn, où vit sa fille Beatrice, maintenant adulte. La ville fait l’effet inverse du Vermont. Deux habitudes structurent ses journées : des promenades quotidiennes avec son chien dans la zone du Nethermead, à Prospect Park, et une pratique de méditation.
Le titre aethermead est une contraction de ces deux repères, soit un album nommé d’après un parc et un coussin de méditation.
Il prend forme au Honey Jar, studio souterrain sans fenêtres à Brooklyn, où on entend le métro passer à travers les murs. Barnes y retrouve les membres de son groupe live, Clayton Rychlik à la batterie, Jojo Glidewell aux claviers et Ross Brand à la basse.
En cinq jours seulement, l’essentiel du travail est accompli.
Barnes peaufine le reste dans son home studio qui se situe dans le même quartier.
Alors que les derniers albums en date avaient une forte coloration électronique, aethermead revient à un son plus guitare, plus direct, plus proche de Cherry Peel et Lousy With Sylvianbriar.
Barnes le décrit comme confessionnel au point d’en être embarrassant, en précisant cependant qu’il ne s’agit pas d’un disque dépressif sur un chagrin amoureux. C’est un disque de reconstruction.
Barnes a 30 ans de carrière, 20 albums, et une rupture tous les dix ans environ pour alimenter les meilleurs d’entre eux. Il connaît la chanson.



