
Steven Hall (alias Nirosta Steel) grandit en Écosse avant de déménager aux États-Unis avec sa famille.
Il passe son lycée dans le Delaware, où il étudie les cornemuses, joue du cor dans l’orchestre local et chante dans des chorales religieuses.
À seize ou dix-sept ans, il rend visite à un ami à New York et se retrouve dans un immeuble dont les noms sur les interphones sont à peine croyables: Arthur Russell au dernier étage. Allen Ginsberg au troisième. Richard Hell au deuxième.
Rene Ricard, critique d’art et figure de l’entourage de Warhol, réside lui au cinquième.
Ricard deviendra son compagnon pendant un temps.
Il s’inscrit à Columbia, travaille comme éditeur au St. Mark’s Poetry Project et co-fonde le magazine artistique Shiny.
Il étudie ensuite la poésie au Naropa Institute et assiste notamment à un cours sur William Carlos Williams, dispensé par Ginsberg. C’est d’ailleurs ce même Ginsberg qui le présente à Arthur Russell en 1980.
La rencontre donnera lieu à une collaboration de douze ans, jusqu’à la mort de Russell en 1992.
Hall assure les harmonies sur plusieurs morceaux disco de Russell, dont « Tell You Today » et « Is It All Over My Face? ». En parallèle, les deux travaillent sur un album qui ne verra jamais le jour, jusqu’à ce qu’une partie des enregistrements ne ressurgisse en 2008, dans la compilation posthume Love Is Overtaking Me.
Hall passe ensuite une partie de sa vie à Taïwan. Il y enregistre en 1999 un concert dans une librairie queer locale, sorti sous le nom Cool Fire.
Dry Ice, sorti en 2017, compile des morceaux des années 80 et 90 avec en fil directeur des chansons d’amour queer, visions de nuits en club, descentes post-rave.
My Skyscraper (qui sort en double vinyle sur le chouette label Ulyssa) est à la fois un objet historique et un premier album à part entière.
En effet, là où Dry Ice ne donnait qu’un aperçu partiel, My Skyscraper rassemble quarante ans de chansons écrites et enregistrées entre le début des années 80 et 2025, à une époque où la scène downtown new-yorkaise que Hall fréquentait -celle de Russell, de Ginsberg, de Richard Hell et de la St. Mark’s Poetry Project- n’existait que dans des cercles confidentiels.
Plusieurs titres du disque sont des inédits co-écrits avec Russell. D’autres contiennent sa voix et son violoncelle.
Pour qui connaît Love Is Overtaking Me ou World of Echo, My Skyscraper fonctionne comme le chainon manquant : ce qui se passait de l’autre côté de ces sessions, ce qui se construisait du côté de Hall pendant que Russell occupait le devant de la scène.
Si ce n’est déjà fait, votre curiosité devrait être piquée au vif en apprenant que l’album contient des pépites telles « English Party », une chanson écrite pour Madonna dans les années 80, et jamais publiée.
On y trouve aussi « Boss Trix (Benny’s Song) », un hommage à un ex-petit ami taïwanais, ou encore « Yhema », un sludge-funk industriel en falsetto qui pousse la voix de Hall jusqu’au point de rupture, ainsi que « Go for the Night », co-écrit avec Russell et présenté comme un titre pop jazz élégant dans la veine de Sade.
Vous l’aurez compris, Steven Hall n’a jamais fait les choses dans un ordre établi (« My Skyscraper » non plus) mais tôt ou tard tout fini par trouver sa place.



