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L’album du jour : Getdown Services – Massive Champion

album Getdown Services Massive Champion

La légende dit que le premier concert à l’étranger des Getdown Services a eu lieu quelque part en France, dans une grange, devant un public composé de deux personnes. La première est restée assise dos à la scène, tout en consommant un bang. La seconde était un chien. Le duo repart convaincu que si ce concert leur a plu, tous les autres leur plairont aussi. La tournée qui suit, sold-out de bout en bout, leur donne raison.
Josh Law et Ben Sadler se rencontrent à Minehead, petite ville côtière du Somerset. Ils forment et déforment des projets pendant vingt ans, jusqu’à la création de Getdown Services pendant le confinement.
Une fois le monde rouvert, le duo lance officiellement le groupe à Bristol, bâtissant sa réputation sur l’humour subversif, l’énergie brute, les concerts chaotiques, et une manière de jouer basée sur l’idée simple de se faire rire mutuellement. “On est toujours ces deux gamins de 12 ans qui s’encouragent”, dit Law.
Premier album Crisps en novembre 2023 sur Breakfast Records, disco apocalyptique, new wave et proto-punk, qui fait le buzz à force d’articles élogieux et de bouche-à-oreille. Les salles clairsemées cèdent la place à des tournées sold-out et des festivals, à tel point que le groupe constitue sa propre communauté de fans, les Crabbers.
Deux EPs suivent, Your Medal’s In The Post et Primordial Slot Machine, accompagnés de deux compilations de démos et faces B, Crumbs et Crumbs 2.
Début 2026, Law et Sadler trouvent enfin le temps de travailler sur Massive Champion. Ils rassemblent près d’une centaine de démos écrites dans les loges, sur la route, ou pendant les rares jours off.
Law parle d’un objectif clair : pousser l’écriture, ajouter du récit, chercher une émotion plus nette. De fait, l’album se tourne vers l’enfance, les artefacts culturels britanniques, les souvenirs étranges, les personnages oubliés, les obsessions triviales. Là où Crisps jouait la carte de l’antipathie, Massive Champion introduit aussi une forme de nostalgie.
Exemple avec The Radiator, titre sur lequel Sadler évoque sa PlayStation 1 qui ne chargeait pas assez vite à son goût. I Can’t Die Like That traite de l’attachement à des émotions réconfortantes mais pas forcément saines, avec une écriture directe et un humour noir pour mieux dédramatiser. Cha Cha Slide détourne le tube iconique pour en faire un examen des angoisses liées au jeune âge. Law rappelle que les émotions ressenties enfant sont les mêmes à l’âge adulte, et que seule la capacité à les formuler évolue. Stop Living aborde la tentation de tout arrêter avec sa prod façon Prince des 80’s, dont on jurerait entendre un mini-sample de I Wanna Be Your Lover.
Le disque puise aussi son inspiration dans le West Country, la région du sud‑ouest de l’Angleterre où se trouve Minehead.
The Definitive Map dénonce l’enclosure, c’est‑à‑dire la privatisation historique des terres agricoles communes, clôturées et retirées de l’usage collectif, ainsi que l’élevage intensif. Un sujet qui ne peut venir que de quelqu’un ayant grandi dans la campagne anglaise.
Massive Champion est un album sur l’enfance vue depuis l’âge adulte, avec tout ce que ça implique de flou et de mauvaise foi. Les Getdown Services ont conservé cette fraîcheur qui leur permet d’écrire vite, de jouer fort, de garder l’énergie des concerts, et de traiter les sujets lourds comme des évidences. Pourvu que ça dure.