Accueil » L’album du jour : Friko – Something Worth Waiting For

L’album du jour : Friko – Something Worth Waiting For

album Friko Something Worth Waiting For

Avec Something Worth Waiting For, Friko change de ligue : un studio à Los Angeles, un travail mené avec un grand producteur, et des morceaux construits collectivement.
Le groupe s’est d’abord formé comme un duo -Niko Kapetan au chant et à la guitare, et Bailey Minzenberger à la batterie- dans la scène DIY de Chicago, jouant dans des salles de quartier, des sous‑sols et grosso modo partout où on le leur proposait.
Les tournées et le succès qui ont suivi leur premier album ont progressivement fait évoluer le projet : le bassiste David Fuller et le guitariste Korgan Robb, d’abord invités sur scène, sont devenus membres à part entière après une série de concerts en 2024.
Ce nouvel équilibre modifie la manière d’écrire : Kapetan apporte une idée, et le reste se construit désormais de manière collégiale, dans des sessions longues où chacun propose, ajuste, déplace.
C’est John Congleton, passé par Electrical Audio et connu pour ses collaborations avec St. Vincent, Angel Olsen, Death Cab for Cutie, The Decemberists ou encore Future Islands, qui se charge de la production.
Son approche rapide, instinctive et centrée sur la prise de son directe, vient de ses années auprès de Steve Albini, où il a appris à “trouver le son juste en quelques minutes”.
Congleton pousse ici Friko à jouer sans sur‑analyse, à enregistrer les idées au moment où elles prennent forme en studio… et à ne pas arrondir les angles.
Une consigne appliquée dès “Guess”, qui ouvre le disque et qui passe sans transition aucune à un mur de saturation.
Le disque porte aussi les stigmates concrets de leur vie en tournée. Dans plusieurs interviews, Robb raconte des concerts dans des caves où chaque passage de train faisait baisser le volume des amplis, ou encore des guitares trouvées “avec zéro corde” avant de devoir en emprunter une autre en urgence.
Ce vécu se ressent dans “Choo Choo”, où Kapetan chante son désir d’échapper au rythme des vols et des déplacements incessants : “I wish I took the train today, I wish I took the train everyday”.
Mais Frisko sait aussi lever le pied et proposer des ballades solides comme “Certainty” ou “Seven Degrees”, histoire de reprendre un peu son souffle et d’opérer une rupture avec le reste du disque.
Something Worth Waiting For pousse plus loin le travail d’arrangement et de production : des morceaux plus concis, une palette plus large et une ambition sonore plus affirmée.
Le disque navigue vaillamment entre un rock tendu, un folk rock hérité de la fin des années 60, des ballades au piano plus classiques et même des montées orchestrales.
On retrouve les mêmes points d’ancrage que sur le premier album -Radiohead, Bright Eyes, The Microphones, Elliott Smith- mais travaillés avec davantage de précision et de personnalité.