
Même si l’on conserve de l’affection pour eux et du respect pour leur -early- discographie, il est vrai que l’on a lâché l’affaire depuis pas mal de temps avec les Red Hot.
Pas une raison pour snober l’album solo de Flea, leur bassiste historique, qui pour l’occasion a retrouvé un amour de jeunesse : la trompette.
C’est lors d’une tournée avec ses illustres camarades qu’il se fixe une règle : en jouer tous les jours, où qu’il soit. Il s’entraîne dans des loges, des chambres d’hôtel, parfois dans des couloirs quitte à essuyer quelques noms d’oiseaux.
Cette discipline quotidienne finit par prendre plus de place que prévu. À l’approche de ses soixante ans, il décide de s’y tenir coûte que coûte, avec l’idée qu’un disque naîtrait de ce travail patient. Il prend des cours avec Rickey Washington, figure du jazz de Los Angeles, et avance ainsi, jour après jour.
En 2025, Flea entre au Sunset Sound, à Hollywood, un studio historique où ont enregistré entre autres Prince, Neil Young ou les Doors, et où les Red Hot Chili Peppers ont déjà passé du temps. Il y retrouve Clint Welander et Josh Johnson. Leur manière de travailler est directe : Flea joue quelques minutes sans casque pour sentir la pièce, puis ils enchaînent les prises. Certaines chansons naissent de ces échauffements. “A Plea” commence par une ligne répétée sans intention particulière, juste un motif qui s’installe. “Frailed” suit le même principe : un mouvement continu, laissé tel quel parce qu’il tient debout sans retouche.
Les collaborations se font dans la continuité du travail en cours. Thom Yorke enregistre sa partie sur “Traffic Lights” après avoir reçu une démo. Il garde la première intention, sans multiplier les essais.
À Londres, Nick Cave passe brièvement au studio Soundtree pour poser sa voix sur “Wichita Lineman”, capté en marge des sessions principales.
Rien n’est planifié longtemps à l’avance : chacun intervient au moment où le morceau en a besoin.
Plus loin dans le processus, Flea enregistre une version de “Thinkin Bout You”. Il explique avoir écouté le titre de Frank Ocean « dix millions de fois ». La reprise vient de là, d’une admiration simple, sans volonté de transformer le morceau.
John Frusciante intervient plus tard, au moment du mixage de “Willow Weep for Me”, pour ajuster quelques couches sans toucher à l’esprit des prises.
Le disque passe ensuite entre les mains de Ryan Hewitt pour le mixage, puis d’Eric Boulanger pour le mastering.
La sortie chez Nonesuch -un label fondé à New York dans les 60’s, qui s’est construit autour de projets menés sans contrainte de format- a une importance particulière pour Flea : il dit rêver de faire un album pour ce label depuis plus de trente-cinq ans.
Honora avance ainsi, en gardant la trace des journées de tournée où Flea répétait dans des chambres d’hôtel, des exercices quotidiens imposés pour tenir le rythme, des moments de doute où il craignait d’être pris pour un imposteur en se lançant dans un disque de trompette.
Le travail finit toujours par payer, surtout qu’on on est bien entouré.



