
Lorsque Ross Farrar et Anthony Anzaldo forment un groupe à Rohnert Park en 2005, ils l’appellent d’abord Violent World avant de finalement opter pour Ceremony, en référence à la chanson du même nom de New Order.
Un énième collectif de hardcore californien ? Pas vraiment. Farrar voit les choses autrement, lui qui publie le recueil de poésies The L-Shaped Man Poems en 2015 sur Matador, en parallèle à la sortie de l’album du même nom. Il obtient ensuite un bachelor à UC Berkeley, puis un Master en poésie à l’Université de Syracuse.
C’est également lui qui conçoit presque toutes les pochettes de Ceremony depuis vingt ans.
Il manque juste un lieu pour ancrer l’histoire du groupe, et c’est chose faite avec Rohnert Park, que Farrar décrit comme une banlieue sans visage au nord de San Francisco.
Premier EP Ruined en 2005 sur Malfunction Records. Premier album Violence Violence en juillet 2006 sur Deathwish Inc., enregistré en deux jours et dont la particularité est de comporter treize chansons… en treize minutes. Si jamais vous vous procurez la version vinyle, vous aurez la surprise de voir l’album jouer intégralement sur chaque face.
Still Nothing Moves You suit en août 2008 sur Bridge 9, et entre dans le Billboard Top Internet et Top Heatseekers charts.
Rohnert Park paraît en 2010. Sur la pochette, on aperçoit le bassiste passer en skateboard devant une maison du quartier, capturé par hasard par Farrar avec son appareil photo.
La signature sur Matador en 2011 marque un tournant. Zoo et son post-punk tendu sort en 2012, The L-Shaped Man en 2015, plus sombre, plus gothique, dans la lignée de Joy Division, produit par John Reis. In the Spirit World Now sort en 2019 sur Relapse Records.
Début 2026, alors que son public commence vraiment à trépigner, le groupe publie Live at the Hollywood Palladium, capturé lors d’un concert à Los Angeles.
Il faut dire que sept années se sont écoulées depuis le dernier album, chose inédite dans la carrière de Ceremony.
Aux manettes de Tell Me Your Dream, on retrouve Reis onze ans après The L-Shaped Man.
La confiance que le groupe lui a accordée est totale et son empreinte sur le disque omniprésente puisqu’il joue de la guitare sur « Deep Down Where I Belong » et assure les chœurs sur l’ensemble des titres aux côtés de Jasmine Watson, ex-membre de tournée et bassiste de Tørsö.
Reis pousse le groupe vers une écriture plus directe, plus frontale, en limitant volontairement les couches de production.
Ceremony avait déjà intégré des synthés sur plusieurs disques, notamment The L‑Shaped Man et In the Spirit World Now, où ils occupaient une place centrale. Sur Tell Me Your Dream, ils servent essentiellement d’appuis structurels. Le groupe ajoute aussi des éléments que l’on pourrait qualifier de funky -toute proportion gardée bien évidemment- sur un titre comme Madness par exemple, avec des basses plus mobiles et des guitares percussives. Le thème de la Palestine y est abordé, soulignant l’obscénité de la guerre et des sommes d’argent nécessaires pour la financer.
« Other Hells » revient au punk pur et dur, avec un Farrar qui répète qu’il n’y a pas d’eux, pas d’autres, seulement nous. Sur « Dark Summer » il part du constat que l’on ne touche le fond que quand on arrête de creuser.
Le disque réunit en dix titres ce que Ceremony fait de mieux : le hardcore des débuts, le post-punk, les synthés et la force politique.



