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L’album du jour : Black Bananas – Bad Bunch

album Black Bananas Bad Bunch

En 1994, Virgin Records signe Royal Trux pour plus d’un million de dollars, dans la frénésie post‑Nirvana où les majors achètent tout ce qui s’apparente à leurs yeux à de l’underground.
Jennifer Herrema et Neil Hagerty encaissent le chèque, sortent deux albums sur Virgin, puis reprennent leur liberté.
Herrema continue en enchaînant les formations : Royal Trux, puis RTX, puis Black Bananas.
Petit flashback : elle grandit dans le sud‑est de Washington D.C., au carrefour du hardcore DIY, du go‑go, du hip‑hop et des guitares lourdes.
Elle rencontre Hagerty dans les environs et les deux forment Royal Trux adolescents, vivant dans un entrepôt abandonné près du New York Avenue Bridge, à quelques kilomètres d’Union Station.
Pussy Galore recrute ensuite Hagerty à New York, Herrema le suit et trouve une chambre dans un foyer de Manhattan. Le duo pose ensuite ses valises à San Francisco, où il enregistre Twin Infinitives en 1990 dans un entrepôt désaffecté.
Royal Trux se dissout en 2001.
Herrema dit avec malice avoir pris les lettres R, T et X du nom du groupe, laissant à Hagerty le reste.
RTX débute en trio avec le batteur Nadav Eisenman et le guitariste Jaimo Welch, et publie Transmaniacon en 2004. Brian McKinley et Kurt Midness les rejoignent pour Western Xterminator (2007) et JJ Got Live RaTX (2008).
Après ces trois albums, le groupe passe trois ans à enregistrer ce qui aurait dû être le quatrième. Le son des nouvelles sessions s’éloigne tellement de ce qu’était RTX qu’une conversation avec Dan Koretzky de Drag City (le label de l’époque) suffit à trancher : ils changent simplement de nom.
Black Bananas naît ainsi en 2012 avec Rad Times Xpress IV , suivi d’Electric Brick Wall en 2014. Tous les disques sont autoproduits et enregistrés dans le studio de McKinley.
En 2015, Herrema et Hagerty reprennent Royal Trux pour une série de concerts, d’abord à Santa Ana puis à New York.
Le groupe publie White Stuff en 2019. La tournée qui devait suivre est annulée. Royal Trux ne se reformera pas.
Pendant ce temps, le travail sur Bad Bunch démarre, pour s’interrompre à son tour en 2020 à cause du confinement qui perturbe le rythme de travail du trio et coïncide avec la perte du studio de McKinley, leur base depuis les débuts de Black Bananas. À partir de là, tout se fait dans des lieux temporaires (pièces louées, garages, salons, espaces prêtés), ce qui ne permet aucune forme de linéarité.
Herrema dit que chaque session était différente, comme un univers en expansion, les pistes et leurs combinaisons gagnant en densité à chaque retour.
Ces mêmes sessions s’étalent sur plusieurs années. McKinley enregistre des couches de guitare, de synthé et de percussions sans savoir si elles seront utilisées. Kurt Midness archive systématiquement les prises, ce qui permet de revenir sur des démos plus ou moins datées. Jennifer Herrema assemble, déplace et reconstruit ces matériaux.
Certains titres datent de 2017, d’autres de 2024. “Turkey Burgers”, premier single, est l’un des rares morceaux commencés avant la perte du studio.
Bad Bunch est le premier album du groupe sur le label Fire Records. Le trio le produit et le mixe lui-même.
Préparez-vous à un déluge d’influences parmi lesquelles la synth-pop, le hip-hop, la house, le funk, le tout dans une ambiance comme toujours très… vaporeuse.
Au final, le titre de l’album résume parfaitement l’esprit Bad Bananas : un “bad bunch”, un ensemble bancal mais fonctionnel, un groupe qui avance contre vents et marées.