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L’album du jour : Personal Trainer – Human Assholes

album Personal Trainer Human Assholes

Willem Smit est né sans odorat.
Dans un quotidien rythmé par de longues tournées en van, où la proximité avec le linge sale du groupe fait partie intégrante de l’aventure, cette particularité pourrait presque passer pour un atout.
Elle lui inspire en tout cas le dernier titre de Human Assholes, « Letter from a Scentless Realm », où Smit imagine quelqu’un dont les sens s’éteignent peu à peu, jusqu’à disparaître .
Personal Trainer débute à Amsterdam comme un projet solo et une formation live à géométrie variable : Smit est le seul membre permanent, les autres musiciens tournent et proviennent de groupes locaux parmi lesquels Pip Blom, The Klittens ou Canshaker Pi.
Quiconque les a déjà vus sur scène ne peut être que frappé par l’intensité et la générosité dont ils font preuve, et a à coup sûr passé un super moment.
Pour l’anecdote et prouver qu’il a vraiment de l’énergie à revendre, le groupe est la première formation à avoir joué vingt-quatre heures d’affilée au Paradiso d’Amsterdam.
C’est Casper van der Lans, alors bassiste, qui convainc Smit de commencer à enregistrer.
Bingo, le premier album Big Love Blanket, sorti en 2022, reçoit cinq étoiles dans le NRC et le Volkskrant et est élu album néerlandais de l’année.
Bella Union, qui a une fois encore flairé le bon coup, signe les Personal Trainer en décembre 2023.
Pour les sessions de Still Willing, van der Lans emprunte la voiture de ses parents et emmène le groupe enregistrer dans des lieux improbables, selon les besoins acoustiques.
L’album paraît en août 2024, multifaces et contrasté, avec en ouverture « Upper Ferntree Gully », dont le titre renvoie à la ville natale de la mère de Smit en Australie. Le disque remporte l’Edison du meilleur album rock.
Après trois ans de tournées intensives, Kilian Kayser et Franti Maresova quittent le groupe avant les sessions du troisième album.
La pochette de Human Assholes montre Smit les yeux bandés, tentant d’équilibrer un œuf sur une cuillère tenue entre ses dents, image directement inspirée de « Letter from a Scentless Realm ».
Pour cet album, exit les idées bidouillées sur ordinateur. Smit décide de repartir de la guitare acoustique et d’écrire collectivement, dans la même pièce.
Le groupe répète intensivement jusqu’à maîtriser chaque morceau sur le bout des doigts avant d’entrer en studio, puis enregistre l’album en six jours, dans une dynamique forcément proche de celle de la scène.
Cela confère à Human Assholes un grain particulier : un disque non lissé, avec ses aspérités, ses accidents de parcours, ses moments où le groupe perd légèrement pied avant de retrouver son chemin.
Paradoxalement, c’est précisément ce relâchement du contrôle qui permet à chacun de trouver sa place. Van der Lans dit que l’enregistrement s’est déroulé avec une fluidité qu’il n’avait pas connue sur les albums précédents. Pour Smit, la musique a servi d’abri pendant ces sessions, à un moment où le reste allait moins bien.
Sur « Punch Drunk Love », premier single, on retrouve Susanne Linssen des Hospital Bombers et l’ex-membre Franti Maresova. Le titre parle d’un état amoureux intense qui pousse à des comportements que l’on pourrait qualifier de problématiques, quelque part entre l’obsession et la psychose, mais qui trouve sa source dans quelque chose de beau.
« Tyres Skid » est un morceau plutôt mélancolique, aux accents club, où le narrateur tente de tourner la page après une rupture, mais trouve que le monde autour de lui, en apparence inchangé, lui semble pourtant différent.
« Object Permanence », tendu, s’achève non pas sur une guitare brisée mais sur une sorte d’harmonie collective.
Le titre éponyme part d’un constat sombre et finit par noyer ses larmes dans un saxophone aux accents hypnotiques.
Smit conclut en disant que l’album n’aurait pas existé sans le talent de ses camarades et l’oreille de van der Lans, et qu’il a pour la première fois eu l’impression d’un disque de studio accompli, entouré de musiciens qu’il admire autant qu’il apprécie humainement.
En dix ans, Personal Trainer est passé des salles d’Amsterdam aux tournées internationales.
Human Assholes marque une étape concrète : l’écriture collective, la prise directe et la confiance d’un groupe soudé par trois années de scène.
Une chose est certaine : on peut compter sur eux pour ne jamais se reposer sur leurs lauriers.