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L’album du jour : Ned Collette – Mixed Light

album Ned Collette Mixed Light

La première fois que l’on entend Ned Collette sur un disque, c’est en qualité de guitariste invité sur un album du saxophoniste de jazz Tim Pledger. Trente ans plus tard, Pledger rend la pareille en jouant du saxophone sur Mixed Light, huitième album solo de Collette. Oui, la boucle est bouclée.
Collette naît le 6 septembre 1979 dans le quartier de Carlton, à Melbourne.
Son père, Adrian Collette, est baryton d’opéra avant de devenir directeur général de l’Opéra d’Australie. Sa mère, Susan Hancock, est écrivaine et professeure de littérature anglaise à l’université La Trobe.
Un environnement que l’on imagine propice à la création, et aussi aux études car il obtient un diplôme en musique improvisée au Victorian College of the Arts en 2000, puis un master en composition moderne à l’université Monash en 2002.
Pour mettre en pratique, il forme City City City, groupe de post-rock majoritairement instrumental, avec le batteur Joe Talia et le bassiste Ben Bourke. Il joue aussi pendant plusieurs années dans le groupe du compositeur Francis Plagne.
En 2006, Ned Collette publie son premier album solo Jokes & Trials sur Dot Dash Recordings, avec des influences déclarées allant de Paul Kelly à Nick Drake et Syd Barrett. Future Suture suit en 2007.
Over the Stones, Under the Stars paraît en 2009 sous le nom Ned Collette + Wirewalker, formation qui réunit à nouveau Collette, Talia et Bourke.
Lors de la tournée qui accompagne cette sortie, le trio joue des concerts à Berlin. Collette a un tel coup de coeur pour la ville qu’il quitte Glasgow pour s’y installer en 2010. Il y vit depuis.
L’album 2 paraît en 2012 sur Fire Records. Talia passe six semaines à Berlin pour l’enregistrer, Bourke ayant pris du recul pour s’occuper de sa jeune famille restée à Melbourne.
Networking in Purgatory suit en 2014, Old Chestnut, double album, en 2018 sur It Records, Afternoon-Dusk en 2019 avec James Rushford et toujours Talia.
En 2024, Our Other History sort sur Sophomore Lounge, label du musicien et producteur Ryan Davis de Louisville, Kentucky. Lors d’un voyage en voiture à travers les États-Unis, Davis passe le disque à Will Oldham, alias Bonnie ‘Prince’ Billy. Oldham est immédiatement frappé par ce qu’il entend, écrit les notes de pochette et contribue à faire connaître le disque dans son réseau. Deux ans plus tard, il apparaît sur Mixed Light.
Sur ce nouvel album Collette chante, joue de la guitare, du piano, de l’orgue, des synthétiseurs, des percussions… et de la flûte à bec. Leah Senior chante en duo avec lui sur l’ensemble du disque. Les fidèles Talia et Bourke assurent respectivement la batterie et la basse sur la quasi-totalité des titres, avec une brève apparition vocale sur « Nothing Rare ». On retrouve également une pléiade d’intervenants tels Dan Luscombe (guitariste des Drones), Marina Cyrino (flûtiste brésilienne basée à Berlin), Chris Abrahams (des Necks) au piano, ou encore Anthea Caddy au violoncelle.
La méthode de travail en studio est aussi simple qu’exigeante pour les différents protagonistes : Collette ne leur donne presque aucune directive avant l’enregistrement. Il est vrai que dire à Chris Abrahams ou à Bonnie « Prince » Billy ce qu’ils ont à faire peut sembler présomptueux.
Collette reconnaît d’ailleurs être devenu un vrai songwriter progressivement, et que ce n’était pas son objectif initial. Il était d’abord plus intéressé par le son et l’expérimentation, mais quelque chose l’a fait évoluer et la chanson est maintenant le cœur de son travail.
Parmi celles de Mixed Light, on note bien évidemment « In the Kitchen », titre central en duo avec Bonnie « Prince » Billy, dont la voix fonctionne en contrepoint du registre plus sombre de Collette.
Il y a aussi « Curious Thing » le premier single, mais aussi le sublime « Commandeered Parade » dont le clip a été réalisé par Maximilian Robert Schneider et tourné le long de la frontière franco-allemande, entre Breisach, Fribourg-en-Brisgau et Colmar. Ou encore l’épique et chaotique « Paper Night » et ses quasi neuf minutes, et « Miami Shadows », l’instrumental qui clôt le bal.
Collette décrit le disque comme la conclusion d’un long cycle de travail : depuis plusieurs années, il enregistre des chansons (une trentaine au total) dans son studio berlinois, et au fil du temps certaines atterrissent sur un album, d’autres sur le suivant.
Mixed Light est donc l’album où les chansons qui n’avaient pas encore trouvé leur place dans les albums précédents finissent par se réunir. Un subtil mélange de timing et de choix artistique en quelque sorte. Pour le meilleur, uniquement.