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L’album du jour : Andrew Sa – American Rough

album Andrew Sa American Rough

Andrew Sa grandit à Fremont, Californie.
Ses premières chansons, il les entend dans la cabine du Ford F150 de son père, entassé avec ses frères et sœurs :
Eagles, Reba McEntire et de la country à balle sur l’autoradio.
À la maison, son père sort parfois une Gibson Les Paul planquée sous le lit, relique d’une vie antérieure de musicien en tournée, et joue pendant que les enfants chantent.
Lorsque ses parents se séparent, sa mère se remarie et monte une entreprise de karaoké itinérante.
À dix ans, Sa se retrouve sur des scènes à chauffer la salle avant que les clients présents ne prennent le relais. Il choisit toujours les chansons tristes de Patsy Cline.
Il passe par San Francisco, puis Portland, avant de s’installer à Chicago en 2009, attiré par l’Old Town School of Folk Music où il suit des cours et travaille à l’accueil.
Sa curiosité le pousse vers Ella Fitzgerald, Sinatra, Billie Holiday et Nat King Cole, puis vers Rufus Wainwright, k.d. lang et Elton John.
Il rejoint la Cosmic Country Showcase, cabaret country où il se produit sous le nom de Lonesome Andrew, entouré de drag queens, comédiens et créatures de la nuit.
En 2021, il coécrit et coproduit Andrew in Anotherland, film de 67 minutes dans lequel il traverse un monde parallèle peuplé de figures de la scène queer de Chicago.
C’est dans ce circuit qu’il rencontre Patrick Haggerty, fondateur de Lavender Country, pionnier de la country gay. Haggerty devient un mentor et lui répète qu’il est là pour que Sa s’en serve, pour qu’il avance. Haggerty meurt avant la sortie du disque.
Les premières idées d’American Rough remontent à 2018.
En 2021, il contacte H.C. McEntire, dont il admire la voix et l’écriture. Elle accepte de produire le disque, où elle apparaîtra en featuring sur trois titres.
Ils réunissent une équipe répartie entre Chicago et la Caroline du Nord : Luke Norton, Casey Toll, TJ Maiani, Spencer Tweedy, Nick Broste, Hunter Diamond, Ivan Pyzow, Allyn Love et Macie Stewart.
L’enregistrement principal se déroule au Fidelitorium à Kernersville, avec des sessions complémentaires au Fox Hall à Chicago. Missy Thangs assure la co-production et le mixage. Sarah Register signe le mastering. Sa souligne l’importance d’avoir deux femmes aux postes de production et d’ingénierie sur un disque de country, une configuration rare dans les studios.
Le disque s’ouvre sur la chanson-titre, construite autour d’une formule du poète queer Thomas James qui résume pour Sa l’idée du désir, qui attire et menace à la fois : “arracher le centre de la pièce” (“eat the heart out of this room”). « Lavender Cowboy » rend hommage à Haggerty. « Your Whisper » parle de son partenaire de douze ans, au moment où l’on décide si un engagement vaut le coup d’être pris. « You Turned Me On » place Sa dans Boystown, à la recherche de visages qui ressemblent à un ex. « Fightin’ To Be Fightin' » envoie quelqu’un prendre la Red Line, la ligne nord‑sud du métro de Chicago, pour aller se calmer ailleurs.
L’album puise dans une tradition country‑pop des années 50 et 60, celle où la voix est l’élément central : Patsy Cline (of course), Roy Orbison, et toutes celles et ceux qui ont contribué à l’éducation musicale de Sa.
American Rough est un disque qui assume son point de vue : raconter le désir masculin depuis l’intérieur, sans distance ni ironie.
La country queer existe depuis Lavender Country en 1973. Il aura fallu cinquante ans et un gamin qui chantait Patsy Cline dans un karaoké itinérant pour qu’elle trouve son digne héritier.