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L’album du jour : Telehealth – Green World Image

album Telehealth Green World Image

Lorsque Alexander Barr quitte Phoenix pour Seattle en 2009, il a une idée derrière la tête : signer chez Sub Pop.
Après avoir joué dans plusieurs groupes durant une dizaine d’années et son rêve ne s’étant pas concrétisé, il décide d’arrêter la musique pour s’inscrire en école d’architecture en 2019.
Son épouse Kendra Cox, de son côté, joue dans un duo appelé Lemolo -du nom d’une rue de Poulsbo où elle a grandi- jusqu’à la séparation du groupe au milieu des années 2010.
Comme bien souvent (même si cette fois c’est dans le bon sens) la COVID change la donne : face à un monde qui s’effondre, Barr reprend la musique.
Cox le rejoint dans ce qui n’est au départ qu’un projet sans ambition particulière. Les deux commencent à bidouiller avec des synthétiseurs, et de fil en aiguille Telehealth se constitue, jusqu’à atteindre sa forme finale en 2022 avec Ian McCutcheon -l’ancien batteur de Kithkin, groupe dans lequel Barr avait joué- à la batterie, John O’Connor à la basse et Dillon Sturtevant à la guitare.
Le premier concert a lieu en 2023 dans une nouvelle salle punk de Seattle qui, esprit anar oblige, ferme deux semaines plus tard.
Content Oscillator sort la même année en auto-production et circule par le bouche-à-oreille. La fameuse rencontre avec Sub Pop se produit lors de la release party : un représentant du label fait passer une carte de visite via un ami commun, avec pour seule question de savoir si le groupe est facile à vivre. Sub Pop applique en effet une règle dans sa politique interne : pas de contrat avec des gens ingérables.
Le groupe fait ses grands débuts au sein du label avec deux titres que l’on retrouve dans le Volume 8 du Sub Pop Singles Club : « Mindtrap » et « Bitter Melody ».
Mais le vrai baptême du feu est donc ce second album intitulé Green World Image, dont Barr et Cox ont appris la sortie alors qu’ils étaient en route pour acheter un canapé d’occasion à bord d’un ferry, en élaborant des plans de secours au cas où Sub Pop décline la proposition.
L’album est né d’une frustration partagée : comment continuer à faire de la musique dans une ville de plus en plus inaccessible, dans un système qui rend la création difficile. Cox et Barr décrivent un Seattle transformé à l’image de bon nombre de grandes villes, où les salles de petite capacité sont remplacées par des clubs, la scène DIY en recul, et le coût de la vie en hausse.
« Things I’ve Killed » traite directement de ce paradoxe, ou comment aimer autant que rejeter une ville qu’on habite, tout en étant nous-mêmes tenus responsables de son déclin.
Par rapport à son prédécesseur, l’album adopte une approche full band et pousse le bouchon encore plus loin en termes d’explosion(s) sonore(s), avec des références évidentes telles XTC, REM, YMO, les B-52s ou encore Talking Heads.
Il aura fallu dix-sept ans à Barr pour décrocher ce contrat avec Sub Pop. Entre-temps, il aura arrêté la musique, repris des études, traversé une pandémie, et trouvé sa partenaire à la vie comme à la scène.
Comme quoi Journey avait raison en disant de ne jamais lâcher l’affaire. Ça mériterait presque une cover non ?