
Après plusieurs années marquées par une maladie grave et une hospitalisation, Angelo De Augustine revient avec Angel in Plainclothes, un album conçu dans un cadre radicalement différent de ses précédents travaux.
Là où Toil and Trouble avait été enregistré dans un état de détresse physique, ce nouveau disque documente la phase suivante : celle où l’on tente de reconstruire une méthode, une stabilité et un rapport plus clair à l’écriture.
Réalisé dans son studio A Secret Place, il reste fidèle à la même approche acoustique, construite autour d’arrangements minimalistes et d’une prise de son très rapprochée.
Pour la première fois, De Augustine a dû déléguer une partie des tâches, non par choix mais pour préserver sa santé. Il fait ainsi appel à Oliver Hill pour les cordes, à la harpiste Leng Bian, à Wendy Fraser pour les chœurs et percussions, et à Thomas Bartlett -déjà présent sur Tomb– au Wurlitzer.
L’instrumentation joue d’ailleurs un rôle central dans l’identité du disque. De Augustine utilise un ensemble d’instruments -avec des noms dignes du Kamoulox- rares ou anciens, avec derrière une logique précise et pragmatique : produire des textures acoustiques sans effets, alléger la charge de travail imposée par la maladie, et installer une identité sonore intime et immédiatement reconnaissable.
Le Marxophone, acheté par hasard dans une petite boutique alors qu’il était en partie endommagé, est devenu l’un des points d’appui du disque : ses motifs répétitifs remplacent ici les nappes synthétiques.
L’Aquarion, trop instable pour être utilisé tel quel, a dû être réparé par un artisan avant l’enregistrement.
La harpiste Leng Bian quant à elle a enregistré ses parties directement chez lui, faute pour De Augustine de pouvoir se déplacer, ce qui a nécessité un « petit » réaménagement de son salon.
Au final, l’album organise ses limites plutôt que de les contourner : instruments anciens, réparations, enregistrements domestiques, gestes réduits.
“The Cure”, seul titre co‑produit du disque, résume cette esprit en étant construit avec les moyens disponibles, où la batterie de Jonathan Wilson vient simplement soutenir et accompagner une écriture qui s’adapte à ce que son auteur peut réellement jouer et enregistrer. La maladie y est explicitement abordée et marque le point de bascule entre la détresse de Toil and Trouble et la reconstruction patiente de Angel in Plainclothes.



